Premières impressions de mon voyage au Perou en 2011
Dimanche 24 avril 2011
Voila nous somme dimanche de Pâques (Pascua de Resurreccion). Dans un pays qui autrefois se déclarait catholique à 99.9% cette date compte encore. Même le Cardinal Primat du Pérou s’y met et « tacle » indirectement mais clairement le Candidat Humala dans son homélie à la Cathedrale……
Samedi 23 avril 2011
BOUM !!!! Mario Vargas Llosa notre gloire nationale. « Notre » Prix Nobel de Littérature 2010. « Notre » dieux vivant à le style oriental vient, la semaine écoulé de donner son opinion. Non il ne votera jamais pour la représentante d’une des dictatures parmi les plus corrompues, avilissantes et sanguinaires qui a connu le Pérou. Humala est peut être une incertitude mais Keiko est une certitude.
Du coup notre gloire nationale est bien malmené ces derniers jours à travers la presse fujimoriste : il a besoin d’un psychiatre, il ne connaît plus le Pérou, il venge sa non élection lors des élections de 2000 face à Fujimori. ….Ah même le statut de « dieu vivant » ne protège de nos jours !!!!!
Lundi 18 avril 2011
Mais il ne faut pas comme même oublier que 23,4% de 14 millions de votantes péruviens on déjà choisi Keiko Fujimori au 1er tout des élections. Pourquoi?
Dimanche 17 avril 2011: Des chiffres...
Ca y est. Les résultats officiels du 1er tour des élections au niveau nacional sont confirmés:
- Ollanta Humala 32.0 %
- Keiko Fujimori 23.4 %
- PP Kuschinsky 18.3 %
Pour le 2ème tour exit PPK. Une bonne partie des limenéens (habitants de Lima) sont catastrophés. Eux qui ont voté à 26.8% pour PPK. Par contre les habitants de Cusco, Ayacucho, Puno ( départements appartenant à la « tâche indienne », le Sud du Pérou, ont voté à 62, 58 et 63%, respectivement pour Humala.
Seulement sur les 14 millions de votantes au niveau national, 5 millions votent à Lima. On dit toujours, à juste titre que c’est à Lima qui se jouent les résultats finals.
Lors des élections en 2006, le « tout sauf Humala » emmena à la présidence Alan Garcia. En 2011 pour éviter un gouvernement Humala les péruviens risquent d’élire Keiko Fujimori. Toute la corruption, l’autoritarisme, l’arbitraire meurtrier de la décade 1990-2000 pendant laquelle gouverne Fujimori avant de prendre la fuite vers le Japon et envoyer sa « démission » à la Présidence par fax !!! me hante. Qu’est ce que nous pourrons alors conclure sur la morale en politique et ce dicton populaire qui dit que « le crime ne paie jamais » ?
Après avoir élu Garcia qui fini son premier mandat en fuyant par les toits pour se réfugier à l’Ambassade de la Colombie, nous apprêterions nous à élire Fujimori ? Les deux grandes responsables des massacres indiscriminés des années 80-2000 ? Nous aurons la réponse le 6 juin, jour du 2ème tour des élections. La campagne fera rage
Vendredi 8 avril 2011: Un petit peu de politique...
Je poursuis ma réactualisation politique surtout avec les chauffeurs de taxi. Est-que je ne retiens que les phrases que je souhaite retenir ? L’un d’entre "je suis petit entrepreneur, j’ai 5 taxis. J’en conduis un, je loue les autres. Je gagne entre 4000 et 5000 soles mensuels (1000/1250 euros). Je ne peux pas me plaindre mais je vais voter Ollanta Humala parce qu’il n'est plus possible que de gens travaillent tout le mois pour un salaire minimum de 600 soles et qu’une fois déduits transport et alimentation ils ramènent 300 soles (80 euros) pour vivre tout le mois avec leur famille"
Ollanta Humala, bête noire de la droite et du capitalisme libéral triomphant au Pérou (nous avons plus de 10% de croissance annuel depuis plusieurs années), ex-capitain de l’armée de terre pendant la période terroriste et qui a passé quelques mois en France en tant qu’Attaché Militaire. Humala qui s’est essayé au coup d’état, qui échoue, qui est incarcéré. Ollanta, au nom mitique du général quechua vaincu par les espagnoles et qui lega son nom à la forteresse de Ollantaytambo au Cusco Toutes les batteries par mer, air, terre, souterraines sont dirigées contre Humala. Humala qui a quand même une culture militaire ce qui signifie qu’il a des penchants autoritaires. Enfin personne encore ne m’a dit qu’il mangeait des enfants, mais...
En 2006, lors des dernières élections présidentielles le duel final opposaHumala et l’actuel président sortant Alain Garcia. Humala, le « Chavez » du Pérou perdit contre Alan Garcia. Alan Garcia qui avait déjà gouverné le Pérou. Il fut l'un des trois présidents (Belaunde, Garcia, Fujimori) qui dirigèrent le pays pendant la lutte anti terroriste qui laissa autour de 70 000 mille morts et disparus au Pérou. Alan Garcia qui ordonna de mater la révolte des prisonniers presumes terroristes dans une prison de la cote de Lima: 360 prisonniers furent exécutes alors qu'au même moment se tenait à Lima le Congrès de l’internationale Socialiste. Garcia qui prit la fuite à la fin de son mandat par les toits de Lima pour se réfugier en Colombie. Le lithium et l’appui de l’internationale socialiste lui permirent de vivre confortablement quelques années en Fance avant de reprendre le pouvoir au Pérou.
Garcia a gouverné pendant une période économiquement faste. Tout le monde veut acheter les matières premières dont regorge le Pérou. Les caisses de l’état se remplissent. Garcia peut inaugurer quelques œuvres (mais pas très loin de Lima s’il vous plaît, les voyages sont fatigants) pendant qu’on reprime les communautés qui ne veulent pas se sacrifier pour les grandes compagnies en quête de matières premières. "Où a t-on vu qu’une poignée d’indiens ose défier le bien-être de notre pays ?" dira le Président Garcia quand les villages de la forêt amazonienne se révoltent contre les gazoducs qui traversent leur villages et qui faits avec des pièces d'occasion explosent en tuant leurs habitants. Bien sûr entre deux discours d’une logique presque enfantine notre Président donnera l’ordre de réprimer la révolte.
Un agent commercial italien me dit « je ne comprends pas ton pays : de deux grands responsables politiques vivants des années 80 et 90 Fujimori est en prison alors que Alan Garcia fut réelu président » Bien utilisé, l’effet « peur de Humala » fut pour beaucoup...
A qui Alan Garcia cédera la chaise présidentielle le 28 juillet prochain ? Il y a 7 candidats, 4 en coude à coude. 2 resteront en lice dans trois jours. Je ne suis pas venue à Lima pour faire de l’analyse politique. Je n’ai plus des donnes précises mais la vie et l’histoire sont plantés là devant moi, peut-on les esquiver ?
Le grand favori des liméniens, surtout des classes moyennes et hautes, semble être Pedro Pablo Kuschinski-PPK. Fils d’un médecin polonais venu au Pérou soigner les lépreux et qui s’y installa définitivement. PPK a vécu entre le Pérou et les Etats-Unis où il fit ses études universitaires. Il a perdu son accent américain qui agaçait un peu à ses débuts. Il a été le ministre de l’économie de presque tous les gouvernements. A différence de Mario Vargas Llosa, notre nouvel prix Nobel de littérature, qui ne pu jamais faire oublier son appartenance socioculturelle quand il tenta de devenir président face à Fujimori en 1990, PPK est un « presque » gringo,certes, mais bien intégré dans la culture péruvienne. Il fait une campagne « sympathique » mais est-ce que cette « sympathie » suffira pour gagner l’adhésion dans les milieux populaires et à l’intérieur du pays ?
Alejandro Toledo le premier président élu (2001-2006) après le gouvernement Fujimori et qui céda le pouvoir à Alan Garcia (car à la différence de la France, au Pérou, il ne peut pas avoir de réélection immédiate) essaye aussi de se faire réélire. Toledo fut le fedérateur et donc le symbôle de la révolte ouverte contre le gouvernement fujimori et il voulut incarner la revalorisation de la culture indienne. Il me semble (à vérifier) que cetélément de renouveau indien a été au moins mis en veilleuse dans cette campagne ou seulement à Lima ? Pourquoi cela nest plus un argument politique payant alors qu’il était si présent il y a 5 ans ?
L'autre candidate qui risque d’être présente lors du deuxième tour est Keiko Fujimori. La fille de l’ancien président Alberto Fujimori, aujourd’hui incarcéré et condamné à 25 ans de prison ferme, revendique l’héritage de son père. Avec le sous entendu que la fin justifie les moyens Keiko Fujimori présente son père comme celui qui « sauva » le Pérou du fléau du terrorisme. Et en cela elle semble suivie par un certain nombre des péruviens. Dimanche prochain on saura par combien...
Jeudi 7 avril 2011: Retrouvailles avec la ville...
J’arpente Lima. Je le fais toujours le premier jour pour bien me retrouver avec la ville. Son mouvement, ses odeurs... Je suis surprise. C’est une ville de plus en plus riche. Depuis l’année 2000: plus de couvre feu, plus de bruit des bombes, plus de policiers armés dans les rues...Nous sommes une ville moderne remplie des centres commerciaux. De plus en plus de centres commerciaux. Ce n’est même pas la peine de dire qu’on trouve de tout à Lima, c’est une évidence. De temps en temps on trouve dans ce centre très étendu de Lima une vieille femme mendiante dans ses habits traditionnels indiens. C’est tout ce qui arrive au centre de Lima de notre culture ancestrale.
Mercredi 6 avril 2011: Retour aux sources...
Il est 10h45, je prends à Orly l’avion pour Madrid. A Madrid, l’aéroport Barajas est en cours de réamenagement. Pas de signalisation claire. Il faut se « débrouiller » et « marcher » et à travers des longs couloirs vides avant de retrouver le plateforme B d’où partira mon avion pour Lima. Heureusement, je parle espagnol et comme mes amis le savent bien j’aime bien marcher mais pour d’autres...
Déjà entre Orly et Barajas, il y a une différence au niveau des décibels. Barajas est beaucoup plus bruyant. Je me suis toujours posé la question: pourquoi en "espagnol" nous faisons plus de bruit qu’en "francais"? Est-ce le type de sons que nous utilisons ? Est-ce l’habitude de nous interpeller d’un trottoir à l’autre, d’une table de restaurant à l’autre, même sans trop nous connaitre ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu'à Madrid le niveau sonore est bien plus fort.
J’arrive à la rotonde d’où partira mon avion. 3 avions partent presque au même temps: un pour le Mexique, un pour le Pérou et un dernier pour la République Dominicaine. Alors question bruits...
Il est 20h45, j’arrive maintenant à Lima. Nous avons un tout nouvel aéroport. Confortable peut être, sûrement, un peu bling bling. Depuis une belle vitrine illuminée, parmi tant d’autres vitrines illuminées, une photo de Macchu Picchu me souhaite la bienvenue. Je me rappelle des voyages de mon adolescence à Macchu Picchu; avant l’existence des confortables trains pour touristes. De ces trains bondés d’indiens où il fallait faire attention pour ne pas marcher sur les poules qu’on ramenait des marchés. Depuis que nous avons une « vraie » industrie touristique je ne suis plus retournée à Macchu Picchu. J’ai un peu peur de ce que je trouverais. Heureusement il y a des innombrables ruines et de superbes paysages à découvrir dans cette cordillère des Andes qui malgré les progrès du monde moderne ne se laisse pas domestiquer. Peut être que malgré tout Macchu Picchu s’est bien défendu aussi.
Dans le taxi qui m’emmène vers Lima et ses 9 millions d’habitants dont 5 dans les bidonvilles, le chauffeur me met en garde contre l’insécurité avant de me demander si je sais déjà pour qui je vais voter dimanche au premier tour de l’élection présidentielle. Je réponds que non, pas encore, et vous ?
A chaque fois que j’arrive à Lima je suis agréablement surprise. Dans le regard des autres je suis une liménienne de plus parmi des autres/ Heureusement il me reste l’ordinateur mais si quelqu’un se penche sur mon ordinateur, je me sentirai obligée de dire doucement que c’est du français….oui je connais…un peu. Pendant 5 semaines, mes 35 ans de vie adulte vécus en France n’existeront pas. Au début, je suis contente ensuite une certaine angoisse s’installe face a ce dédoublement. Je sais déjà que ma première semaine à Paris sera difficile. 15 heures de vol de retour ne seront pas suffisantes pur revenir dans moi.